Déclaration des Chioukhs du Sahara Réunis à Laâyoune le Dimanche 1er Février 1998
A Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies
New York
Nous, les représentants de toutes les tribus du Sahara ;
Désireux de tout mettre en œuvre afin qu'un référendum juste et équitable permette à tous les ressortissants du Sahara de retrouver leur famille et leurs foyers, et fournisse à la communauté Internationale la preuve de leur libre choix quant à l'avenir définitif de ce territoire ;
Fermement attachés au plan de paix de l'ONU et à son application fidèle, équitable et impartiale ;
Profondément préoccupés par les graves dérives que connaît l'opération d'identification, notamment depuis sa reprise, le 3 décembre 1997, opération dans laquelle nous nous sommes engagés sous serment dans un souci de quête d'une solution juste et durable à un contentieux qui demeure à nos yeux artificiel et bien que nous considérons que l'identification dans le cas notre société n'ait aucune signification tangible aussi bien sur le plan historique, sociologique que juridique ;
1/ Dénonçons avec vigueur la discrimination intolérable dont sont victimes les membres d'une même tribu, sous-fraction, voire famille de la part du Polisario qui ignore délibérément les fondements de la société sahraouie bâtie sur l'équilibre, la solidarité et la fraternelle cohabitation immémoriale entre les différentes tribus du Sahara ;
2/ Rejetons avec force toutes les fraudes, manipulations, provocations et agissements tendant à réduire artificiellement le corps électoral au service d'une politique inavouée de domination et de sectarisme que le Polisario n'a pas cessé de sécréter et qui plonge aujourd'hui les tribus sahraouies dans les affres de la division et de l'intolérance ;
3/ Dénonçons les manœuvres du Polisario qui procède aux centres d'identification des camps de Tindouf aux pratiques suivantes :
- Modification des dates de naissances des postulants n'ayant pas encore atteints l'âge requis.
- Changement des lieux de naissances déjà déclarés dans les formulaires d'enregistrement pour empêcher la majorité des séquestrés de voter dans les provinces récupérées.
- Substitutions et usurpations d'identité (exemple : présentation d'un individu - Slim Brahim, - Lhoussaine, fils de Oum Barka Breika - sous l'identité du nommé Loud Mahfoud Abdonabi, soldat du groupement 31, décédé en août 1978 à arjam Maimouna, ayant appartenu à la tribu Yaggout).
4/ Considérons que la désignation comme observateurs dans les bureaux d'identification dans les provinces du Sud de hauts responsables de Polisario, notamment Messieurs Brahim Ghali, Mohamed Salem Ould Salek et Mohamed Wali Akik, respectivement " ministre de la défense ", " ministre de l'éducation " et " directeur de la sécurité militaire " du Polisario, empêche le processus de se dérouler dans les conditions de sérénité requises et constitue une campagne référendaire avant terme et une provocation pour les Nations-Unies, le Maroc et la population concernée en raison des exactions que Brahim Ghali particulièrement lui a fait subir.
5/ Refusons catégoriquement que l'opération d'identification soit circonscrite au seul recensement espagnol de 1974 qui est incomplet et inique car confectionné par la puissance coloniale au détriment des dizaines de milliers de sahraouis qui, à l'époque, manifestaient une opposition contre l'Espagne ou qui avaient été éloignés, pour diverses raisons, du Sahara ;
6/ Jugeons inacceptable l'application partielle et partiale des critères d'identification qui, déjà dans leur essence et de manière encore plus dramatique dans leur mise en œuvre, pénalisent un très grand nombre d'authentiques ressortissants du Sahara, dans la mesure où ne sont privilégiés que les critères 1 et 3 ;
7/ Dénonçons fermement toutes les manœuvres tendant à réduire de manière drastique le nombre des postulants par le biais de programmations éminemment bureaucratiques qui font fi du droit légitime des requérants d'être informés à temps et d'être en mesure de se présenter à l'identification et qui ne tiennent aucun compte des contraintes matérielles et de l'état de santé ainsi que de l'âge de nombreux postulants ;
8/ Mettons en garde contre toute complicité de certains membres de la C.I.D qui manifestent une sympathie déclarée vis-à-vis du Polisario dans cette recherche de réduction du corps électoral et refusons tout comportement de nature à mettre en doute l'authenticité des tribus dont l'appartenance au Sahara ainsi que les liens d'attachement au Maroc ont été dûment reconnus par la Cour Internationale de Justice dans son avis du 16 Octobre 1975 ;
9/ Demandons instamment au Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies de prendre ses responsabilités face à cette situation qui risque de remettre en cause un plan de paix auquel nous réitérons notre attachement ;
10/ Considérons, en conséquence, qu'il est impérieux que tous les requérants soient auditionnés sans discrimination aucune et sans a-priori, et que toutes les protestations émises à ce jour et auxquelles aucune suite n'a été donnée, soient justement et sérieusement prises en compte et que des mesures concrètes soient prises à cette fin, y compris la communication des résultats des auditions opérées jusqu'à présent comme le prévoient les accords de Houston ;
11/ Demandons que des bureaux d'identification en nombre suffisant soient ouverts à proximité des lieux où résident les postulants et que le lieu de résidence ne soit pas une cause d'exclusion des requérants qui ont, selon le plan de règlement, autant de droits légitimes et égaux que les autres demandeurs ;
12/ Exprimons solennellement notre unité et notre solidarité indéfectible avec tous les membres de nos tribus, quelles qu'elles soient, qui ont subi ou risquent de subir une quelconque discrimination et restons fortement mobilisés à leur côté pour faire aboutir coûte que coûte leurs justes revendications et sauvegarder leurs droits. Dans ce sens, le rejet systématique des membres des tribus : Sellam, Yaggout, Aït Lahcen, Ouled Bousbaa et Filala constituent une illustration flagrante de ce comportement qui tend à introduire des divisions et des discriminations entre les tribus ;
13/ Sommes convaincus que c'est au prix de la sauvegarde des droits de tous les requérants que le référendum aura la crédibilité et l'opposabilité requises ;
14/ Restons confiants dans la volonté des Nations Unies et de Monsieur le Secrétaire Général de faire aboutir le processus de paix dans des conditions empreintes de sérénité, d'objectivité et d'équité ;
15/ Lançons un appel pressant à Monsieur le Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies afin qu'il donne les suites qui s'imposent à cette requête.